Daruma

Daruma : Quel Œil Peindre en Premier ?

Daruma rouge avec un seul oeil peint pose sur un bureau a cote d'un carnet

La question arrive dès qu'on tient son premier daruma entre les mains, le pinceau levé : quel œil peindre en premier ? La réponse traditionnelle est sans ambiguïté : on commence par l'œil gauche du daruma, c'est-à-dire celui qui se trouve à votre droite quand la figurine vous fait face. Le second œil attendra que le vœu soit accompli. Voici d'où vient cette convention, comment faire le geste correctement, et ce qu'il faut savoir pour les cas particuliers.

L'essentiel en 30 secondes

On peint d'abord l'œil gauche du daruma (à votre droite quand il vous fait face), en formulant son vœu ou son objectif. Cette convention vient du bouddhisme : le côté gauche représente le commencement, et les prêtres y tracent traditionnellement le caractère sanskrit « a », premier son de l'alphabet bouddhique. Le second œil, le droit, se peint uniquement lorsque l'objectif est atteint, en signe de gratitude. Un daruma resté borgne au bout d'un an peut être remercié et remplacé : la tradition y voit une relance, pas un échec.

Article publié en juillet 2026.

⏱️ Temps de lecture : 6 min

La réponse : l'œil gauche du daruma, à votre droite face à lui

La confusion vient presque toujours du point de vue. Quand on parle de l'« œil gauche », il s'agit du point de vue du daruma, pas du vôtre. Face à la figurine, vous peignez donc la pupille qui se trouve à votre droite.

Un moyen simple de ne plus jamais hésiter : imaginez que le daruma est une personne qui vous fait face. Sa gauche est votre droite, exactement comme lorsque vous serrez la main de quelqu'un. C'est cet œil-là, le sien, le gauche, qui reçoit la première pupille.

Daruma rouge vu de face avec la pupille gauche peinte en noir, l'autre oeil encore vierge

Cette convention est appliquée dans tout le Japon, du temple Shorinzan Daruma-ji de Takasaki, berceau de la figurine, aux foyers qui achètent leur daruma au Nouvel An. Elle structure le rituel en deux temps que détaille notre guide du rituel du vœu daruma étape par étape : un œil pour l'engagement, l'autre pour l'accomplissement.

Pourquoi l'œil gauche en premier : l'origine bouddhiste de la convention

Le choix du côté gauche n'a rien d'arbitraire. Dans la calligraphie et l'art bouddhiste japonais, le côté gauche est associé au commencement, à l'impulsion initiale. C'est le sens du geste pratiqué dans les temples : lors de la consécration d'un daruma, les prêtres tracent sur l'œil gauche le caractère sanskrit « a » (阿), premier son de l'alphabet bouddhique, celui par lequel tout commence.

Lorsque le vœu est accompli, le second œil reçoit le caractère « hum » (吽), le dernier son. Entre les deux se déploie la totalité du chemin, du début à l'achèvement. Cette paire a-hum (阿吽, a-un en japonais) est la même que celle des statues de gardiens à l'entrée des temples : l'un a la bouche ouverte sur le premier son, l'autre fermée sur le dernier.

Peindre l'œil s'appelle d'ailleurs le kaigen (開眼), littéralement « l'ouverture des yeux » : le moment où la figurine cesse d'être un objet pour devenir le témoin de votre engagement. L'histoire complète de cette tradition, héritée du moine Bodhidharma, est racontée dans notre article sur Bodhidharma et l'origine du daruma.

Comment peindre l'œil du daruma : le geste et le moment

Main peignant au pinceau le premier oeil d'un daruma rouge, pierre a encre posee a cote

Le geste est simple, mais il gagne à être fait posément :

  • L'outil : un pinceau fin et de l'encre noire pour le geste traditionnel, un feutre noir à pointe large pour la version pratique. Les deux sont parfaitement admis, y compris au Japon.
  • Le moment : au moment où vous formulez votre objectif. Beaucoup de Japonais le font au Nouvel An ou en avril, au début de l'année scolaire et professionnelle, mais n'importe quel jour convient : c'est l'engagement qui compte, pas la date.
  • La formulation : un objectif précis et mesurable fonctionne mieux qu'un souhait vague. « Décrocher mon diplôme en juin » engage davantage que « réussir ».
  • Le geste : remplissez la pupille entière, d'un noir franc. Un œil complet, pas un point timide.

Placez ensuite le daruma dans un endroit visible, légèrement en hauteur : son regard borgne est là pour vous rappeler votre promesse chaque jour.

Le second œil : quand et comment achever son daruma

Le droit de peindre le second œil se mérite : il ne se donne que lorsque l'objectif est atteint. Ce moment, appelé aussi kaigen d'achèvement, se vit comme un remerciement : on peint la pupille droite en repensant au chemin parcouru, et le daruma, enfin complet, a accompli sa mission.

Au Japon, les daruma « aux deux yeux » sont ensuite rapportés au temple au Nouvel An suivant pour être brûlés avec gratitude lors du Daruma Kuyo, la cérémonie de gratitude. Rien ne vous oblige à vous en séparer : beaucoup les conservent comme témoins d'une étape franchie.

Cas particuliers : vœu non réalisé, daruma offert, erreur de côté

L'année passe et l'objectif n'est pas atteint ? La tradition ne parle pas d'échec : on remercie le daruma borgne, on le rapporte ou on le remplace, et l'on reformule le vœu sur un nouveau, parfois un peu plus grand. La figurine elle-même incarne ce principe : lestée à la base, elle se redresse à chaque chute, comme le dit la devise nana korobi ya oki, « tomber sept fois, se relever huit ».

Vous offrez un daruma ? Offrez-le toujours les deux yeux vierges : c'est à la personne qui reçoit de formuler son vœu et de peindre le premier œil. Un daruma pré-peint n'engage personne.

Vous vous êtes trompé de côté ? Aucune fatalité : la convention est un repère, pas une condition magique. L'engagement pris en peignant compte davantage que le côté. Continuez le cycle normalement et peignez l'autre œil à l'accomplissement.

Choisir son daruma avant de peindre

La couleur du daruma se choisit selon l'objectif : notre guide quel daruma choisir selon votre objectif passe les couleurs en revue, et notre collection Darumas Japonais réunit les modèles en stock, du rouge classique au doré des projets financiers.

Tirelire daruma doree en ceramique posee sur une etagere avec un pinceau de calligraphie

Questions fréquentes sur l'œil du daruma

Peut-on utiliser un feutre plutôt qu'un pinceau pour peindre l'œil ?

Oui, sans aucune réserve. Le feutre noir à pointe large est même devenu l'outil le plus courant au Japon pour les daruma domestiques. Le pinceau et l'encre restent le geste traditionnel, plus lent et plus solennel, mais la tradition juge l'engagement, pas l'outil.

Faut-il peindre l'œil immédiatement après l'achat du daruma ?

Non. Le daruma peut attendre, les yeux vierges, le moment où votre objectif sera clair. Beaucoup de Japonais achètent leur daruma en décembre ou janvier et ne peignent le premier œil qu'au moment de formuler leur résolution. Ne peignez jamais l'œil « pour faire joli » : le geste scelle un engagement précis.

Que faire si le vœu se réalise en partie seulement ?

C'est à vous d'en juger : le daruma est un contrat avec vous-même. Si l'essentiel de l'objectif est atteint, peindre le second œil avec gratitude est légitime. Si le compte n'y est pas, la voie classique consiste à remercier le daruma, à s'en séparer respectueusement et à reformuler l'objectif sur un nouveau.

Le côté de l'œil change-t-il selon la couleur ou la taille du daruma ?

Non. Rouge, doré, noir ou blanc, 10 ou 19 centimètres : la convention reste identique pour tous les daruma. L'œil gauche de la figurine d'abord, le droit à l'accomplissement.

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